Musée du Chateau d'Argent

Lundi 7 mai 2018

 

CHATEAU D’ARGENT

Conférences 2O17 – 2O18, par Danielle VINCENT.
 
«  Octobre 1917 - Octobre 2O17 :
 
LA REVOLUTION RUSSE ET LE « LIVRE NOIR DU COMMUNISME’  » 
Cycle de conférences sur la Révolution russe.
 
185, rue De Lattre de Tassigny, 6816O Ste Marie-aux-Mines.
Tél. O6 47 14 67 88
Conférences - Entretiens – Débats
 
 
Suite de la conférence du 9 avril 2018
 

 Lundi 7 mai 2O18

Les Cosaques.
 
Aventuriers,  errants , nomades, pillards, les kozatchesivoï, ces hommes sans attaches, venus des steppes mongoles, s’établissent en diverses régions de Russie, dès le 15e siècle . On les trouve dans la région de la Volga, à Riazan, en 1443 ; dans le Caucase, en 145O ; en Ukraine, en 1492 ; dans la région du Don, en 152O ; de la Volga, en 1521 ; dans l’Oural, en 157O ; en Sibérie, à Tioumen, ville qu’ils créent en 1586, et, en 1587 à Tobolsk dans le Khanat de Sibir. Dans l’Extrême-Orient russe, ils apparaissent sur le fleuve Amour, en 1649 et, en 1696 dans le Kouban.
Très vite, les tsars savent reconnaître leur valeur au combat et cherchent à utiliser leurs services au sein de l’armée impériale. En 1571, quand le Khan de Crimée incendie Moscou, Yvan le Terrible sollicite le concours militaire des Cosaques du Don, et de leur chef, l’ataman Nikita Mamine. En 161O, ce sont les Polonais qui entrent dans Moscou : dans cette guerre russo-polonaise, les Cosaques soutiennent l’armée populaire russe et chassent les Polonais. En 1621, quarante mille Cosaques ukrainiens, avec leur chef, l’hetman Piotr Sagaïdatchny, battent les Ottomans. En 1632, ils sont aux côtés de la Russie lors d’une nouvelle guerre avec la Pologne. En 1637, les Cosaques du Don s’attaquent aux Turcs d’Azov, en Mer Noire, s’emparent de cette forteresse à l’embouchure du Don, et en font leur capitale. Mais cette position stratégique inquiète le tsar qui leur donne l’ordre de la quitter. Ils transfèrent alors leur capitale à Tcherkassk.
 
Dans l’histoire mouvementée qui suit, marquée par les fortunes diverses de l’Ukraine, tantôt russe, tantôt polonaise, et où l’on trouvait des Cosaques dans tous les camps, il faut relever, en 1654, le serment de fidélité que prêtent au tsar les Cosaques ukrainiens, et, en 1671, celui des Cosaques du Don.
En 1683, ils défendent le Christianisme contre l’invasion ottomane, en combattant avec l’Autriche et la Pologne contre les Turcs.
En 1742, Elizabeth Petrovna, impératrice de Russie, épouse un cosaque : Alexei Razoumovski. Huit ans plus tard, elle fait élire le frère d’Alexei comme hetman des Cosaques d’Ukraine. En 1765, les Cosaques d’Ukraine sont enrôlés comme hussards dans l’armée russe. Les officiers cosaques sont assimilés, par le gouvernement, à la petite noblesse russe. En 1796, ils acquièrent le droit de transmettre leurs privilèges à leurs héritiers.
 
Il faut parler aussi de leurs fameux chevaux. En 177O, le premier haras de chevaux « Donskoï » est créé par le futur ataman Matvei Platov, dans la région du Don, afin de perpétuer la race de chevaux favoris des Cosaques En 1842, sous Nicolas Ier, des haras militaires seront spécialement créés pour les chevaux de l’armée impériale.
 
En 1814, après l’abdication de Napoléon, les troupes russes occupent la France, et les cosaques dévastent villes et villages.
Nicolas Ier de Russie nomme, en 1827, son fils ataman général des Cosaques du Don, du Terek et de l’Oural. Un an plus tard, le « Konvoï », escorte personnelle du tsar, est créé. Il est composé d’une cinquantaine de Cosaques du Caucase.
En 1838, Nicolas Ier interdit à toute personne qui n’est pas de sang cosaque, de s’établir dans la région du Don.
En 1864, le tsar Alexandre II réorganise le pays en provinces et en « Zemstvos », assemblées de districts . Le tsar Nicolas II donnera à la noblesse, en 189O, le contrôle des Zemstvos.
La première école de formation d’officiers cosaques : l’Ecole des Cadets d’Orenbourg, dans l’Oural, est fondée par Alexandre II en 1867.
Dès 1874, le même souverain rend le service militaire obligatoire en Russie, et, en 1875, fixe à une durée de vingt ans le service des Cosaques dans l’armée. L’escorte personnelle du tsar est élargie à quatre escadrons de Cosaques du Terek et du Kouban.
 
L.ors de la révolution russe de 19O5, les Cosaques chargent la foule au cours du Dimanche rouge et répriment les pogroms partout, avec l’armée du tsar.
Par contre, en février 1917, beaucoup de soldats rejoignent les émeutiers, et les Cosaques refusent de tirer.
Ils demandent leur indépendance et s’organisent en Union des camps cosaques.
En 192O, on trouve des Cosaques blancs (vestiges de la monarchie), combattant dans l’armée de l’amiral Koltchak ; il y a aussi des Cosaques rouges, qui s’étaient ralliés à l’armée bolchevique, et des noirs, faisant partie de l’armée de Nestor Makhno.
 
Par leur combativité, leur endurance et leur savoir-faire, ils étaient appréciés partout. « Donnez-moi vingt mille Cosaques, disait Napoléon, et je conquiers le monde ».
Des divisions cosaques avaient rallié l’armée allemande pendant la deuxième guerre mondiale En 1941, lorsque l’Allemagne envahit l’Ukraine, un cosaque du Don et de l’Armée rouge, le major Kononov, déserte pour rejoindre la Wehrmacht avec tous ses hommes. L’année d’après également, des escadrons cosaques passent au service de l’Allemagne dans le but de détruire le bolchevisme. Dans le Kouban, Hitler donne son aval pour créer un district autonome cosaque. Des volontaires Cosaques avec les atamans Pavlov et Domanov s’engagent à Stalingrad; après la défaite, l’armée allemande se replie dans les régions cosaques du Caucase, du Don et du Kouban.
En automne 1943, une division cosaque est placée sous le commandement du colonel von Pannwitz dont nous parlerons encore plus loin. L’Allemagne promet aux Cosaques la restitution de leurs territoires et de leurs droits.
En 1944 sont créées deux divisions de cavalerie cosaque, suivies en 1945 par un quinzième corps de cavalerie. En 1944 toujours, voici un Directoire des forces cosaques en exil, et une Armée de libération anti-bolchevique, rassemblant un million de volontaires sous la direction du général Vlassov, rallié à l’Allemagne.
Après la capitulation allemande, et malgré les accords de Yalta, les Cosaques sont désarmés, livrés aux soviétiques et massacrés, avec les généraux passés à l’ennemi, notamment Vlassov, Krasnov, von Pannwitz, Domanov, Chkouro.
Mais, seulement huit ans plus tard, le 17 septembre 1955, les Cosaques ayant collaboré avec les armées d’occupation de la deuxième guerre mondiale, sont amnistiés par décret du soviet suprême, et réhabilités.
En 1988, une loi de l’Union soviétique autorise les Cosaques à reformer leurs anciennes armées et à en constituer de nouvelles.
Deux escadrons de cavalerie cosaque sont créés pour la garde personnelle de Vladimir Poutine, en l’an 2OO5, qui officialise le service des cosaques dans l’armée, la police et les frontières.
Nous nous sommes inspirés dans ces pages de la chronologie de l’histoire cosaque parue sur internet.
 
En ce qui concerne la Révolution russe, avant de parler de la grande persécution qui s’abattit sur les Cosaques, il serait bon de mettre en lumière quelques-uns de leurs représentants les plus importants.
 
Nestor Makhno, qui créa l’Armée Noire insurrectionnelle ukrainienne, contre les Blancs et les Rouges, était né le 26 octobre 1889 à Gouliaï-Polié, dans la région cosaque de Zaponija. Orphelin de père très tôt, il connaît la misère du peuple, dans cette famille de cinq enfants. Il travaille comme ouvrier agricole dès l’âge de sept ans. Il va quand même à l’école, ce qui lui permettra de se familiariser ensuite avec des théoriciens anarchistes : Mikaïl Bakounine (1814-1876) et le prince Petr Alekseïevitch Kropotkine ( 1842-1921), auteur de Paroles d’un révolté (1885) et La Conquête du pain (1888). Après la ferme, Makhno va travailler dans une fonderie et connaît alors la condition ouvrière. A seize ans, il rejoint l’Union des laboureurs pauvres. Il est condamné aux travaux forcés, mais est libéré par la Révolution d’octobre. Il crée alors l’Armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne.
A la fin de l’année 1917, la République indépendante d’Ukraine est proclamée. . Mais avec le double traité de Brest-Litovsk, conclu par l’Allemagne avec la Russie et avec l’Ukraine, Lénine abandonne l’Ukraine à l’Allemagne, en échange de la paix. C’était livrer à l’Allemagne le grenier à blé et le cœur de l’industrie russe ; cela signifiait aussi le retour des grands propriétaires terriens. Ceci provoqua le soulèvement d’armées indépendantistes : l’Armée blanche de Koltchak et Denikine, et l’Armée noire de Makhno.
En 1919, l’armée d’anarchistes indépendantistes de Makhno comprend cinquante mille hommes, qui combattent au sud du pays. Makhno s’allie à Lénine, qu’il rencontre clandestinement à Moscou durant l’été 1918, et empêche l’armée blanche d’entrer à Moscou. Mais les Rouges se retournent ensuite contre lui, en 192O. Il est vaincu et contraint de fuir la Russie. Après avoir été expulsé de plusieurs pays européens, il se pose à Paris, en 1925, et travaille dans une fonderie à Vincennes, puis comme ouvrier chez Renault, à Boulogne-Billancourt.
Il mène une vie misérable et s’éteint à Paris, au pavillon des tuberculeux de Tenon, le 25 juillet 1934.
Il avait rédigé, en 1927, la premier tome de La Révolution russe en Ukraine (mars 1917-avril 1918), qui sera édité par Ressouvenances, en 2OO3.
Ses Mémoires (1917-1932) resteront inachevées. Traduites par Alexandre Skirda, elles sont publiées à Paris, chez Ivrea en 2OO9.
Les Œuvres de Nestor Makhno ont été publiées en 2OO9 aux éditions de la Bibliothèque Digitale.
 
La pensée de Nestor Makhno est originale :
La « Makhnovtchina » a été taxée d’anarchiste, mais elle était, en fait, un communisme libertaire. « Pour que la société libertaire devienne possible, écrit-il, il est nécessaire que les ouvriers eux-mêmes, dans les usines et les entreprises, les paysans dans leurs pays et leurs villages, se mettent à la construction de la société anti-autoritaire, n’attendant de nulle part des décrets et des lois ». Il n’attend le progrès d’aucune structure, d’aucune organisation : « Seuls les travailleurs eux-mêmes, par des efforts conscients, pourront construire leur bien-être, sans Etat ni seigneurs ». Cette société est auto-gérée. Elle n’a ni lois ni institutions. Seules la liberté, l’égalité et l’entr’aide mutuelle lui permettent de fonctionner. Liberté de presse, d’expression et d’association, liberté dans le travail soumis à la responsabilité de chacun, rejet du principe d’Etat et de dictature du prolétariat. L’armée est faite de partisans, capables de diriger eux-mêmes le combat. Les paysans ne prennent que les surfaces qu’ils peuvent cultiver. Makhno dira plus tard, lorsqu’il rencontrera à Paris deux anarchistes espagnols, que ce qui a manqué à la révolution bolchevique c’était l’organisation, condition de réussite de toute révolution. Dans son système à lui, il n’était pas besoin d’une organisation verticale et autoritaire : celle que chacun mettait en place pour lui-même suffisait.
Makhno avait essayé de concrétiser ces idéaux dans une région d’Ukraine du sud.
La Confédération d’organisations anarchistes d’Ukraine voit le jour à Koursk, en novembre 1918.
En Janvier 1919, février et avril 192O, il organise trois congrès avec des délégués de soldats et de paysans pour mettre en place cette organisation économique et sociale. Le troisième congrès du 1O avril 192O rassemble des délégués de soixante douze districts et de deux millions de personnes.
Ces congrès sont déclarés contre-révolutionnaires, Makhno et ses partisans hors la loi. Dès le 28 août 1921, Makhno et les siens sont obligés de fuir en Roumanie, puis en Pologne, à Dantzig, à Berlin, enfin à Paris où ils arrivent en avril 1925, après quatre ans de cavale.
 
Un autre Cosaque , l’ataman Krasnov a joué un rôle important dans cette révolution.
Piotr Krasnov né le 1O septembre 1860, dans une ancienne famille de Cosaques du Don, avait comme ancêtres deux généraux : les généraux Ivan et Nicolaï Krasnov , un botaniste Andreï, et un écrivain : Platon Krasnov.
Piotr avait été officier de la garde impériale russe, chef de cavalerie pendant la première guerre mondiale, membre du gouvernement provisoire contre les bolcheviks, ataman des Cosaques du Don, élu le 16 mai 1918.
A l’opposé de Nestor Makhno et de son Armée noire, il monte une Grande armée du Don qui se bat avec les Blancs, et manifeste des sympathies pro-allemandes. Après novembre 1918, il est envoyé par Dénikine en Estonie. En 1922, il contribue à la fondation de la  « Confrérie de la Vérité russe ». A Paris, en avril 1926, il participe à un congrès réunissant les représentants de la diaspora russe, pour une entente entre les partis politiques de l’émigration.
Lors de la deuxième guerre mondiale, Krasnov combat aux côté de l’armée allemande dont il rejoignait l’anti-communisme, avec des unités de volontaires cosaques, armés par l’Allemagne. En juin 1945, battu en Autriche, à Lienz, il se rend aux Anglais, qui le livrent aux autorités russes. Le 17 janvier 1947, il est pendu à Moscou avec d’autres chefs cosaques : son oncle, le général Semion Krasnov, le général Andrei Chkouro, Timofei Domanov, Helmut von Pannwitz, et le sultan Ghirey-Keletch. Il repose au monastère Donskoi de Moscou.
 
Né le 19 janvier 1887 à Pachkovskaïa, dans l’oblast du Kouban, l’ataman Andrei Grigoriévitch Chkouro était issu d’une famille de Cosaques du Kouban. Passé par l’Ecole des Cadets de Moscou, et l’Ecole de cavalerie Nicolas de St Pétersbourg, il se bat avec les troupes cosaques du Kouban sur le front de Galicie, en 1915.
En 1916, il crée un détachement de Cosaques du Kouban, spécialement chargé d’opérations de sabotage dans les lignes ennemies. En février 1917, il combat l’armée turque dans le Caucase. En mai 1918, il monte un groupe de partisans contre les bolcheviks, et rejoint l’armée des volontaires du général Dénikine. Il est lieutenant général en mai 1919 et commande l’ensemble de la cavalerie de l’Armée blanche. A cause d’un différend avec le général Wrangel, il quitte le service et part en Yougoslavie en mai 192O, puis en France.
Pendant la seconde guerre mondiale, il rejoint l’armée allemande et se bat en Yougoslavie contre les communistes.
Il est arrêté par les Anglais, lors de la capitulation de l’Allemagne et livré aux Russes, qui l’exécutent par pendaison le 17 janvier 1947.
 
Le général Helmut von Pannwitz, de nationalité allemande, est né le 14 octobre 1898, à Olesnau, grande ville au nord-est de l’actuelle Pologne. Pendant la première guerre mondiale, il combat en Pologne, puis en France et sur le Front de l’ouest. Il est décoré de la Croix d’honneur du Combattant de 1914-1918. Durant la seconde guerre mondiale, il crée, sur le Front Est, une unité de Volontaires cosaques. Elle devient, en 1943, la première Kosaken-Division, puis le 15. SS Kosaken-Kavallerie-Korps.
Il reçoit la médaille du Front de l’Est, l’Ordre cosaque de la Couronne du roi Zvonimir, et est nommé chevalier de la Croix de fer avec étoiles et glaives. Le général von Pannwitz a aussi été nommé Feldataman. Il en était le dernier représentant et sa mémoire reste en honneur chez les Cosaques. Il se  serait volontairement livré aux Russes, pour partager le sort de ses hommes, peut-on lire dans un article qui lui est consacré sur internet. Une autre version, qui correspond davantage à ce qui s’est passé à Lienz en Autriche, veut que ce soient les Britanniques qui auraient livré tous les cosaques de la Wehrmacht aux Soviétiques.
Le général von Pannwitz a été réhabilité par Boris Eltsine et repose au cimetière allemand de Moscou.
 
L’hetman général Timofej Domanov , né en 1887 à Migulinskaya, faisait partie, en 19O8, du 12e régiment des Cosaques du Don. Il reçut la Croix de St Georges et fut membre du gouvernement du Don en 1918. En 1910, il combat avec l’armée du Don, et le régiment St Georges. Il est blessé deux fois. Il est envoyé en captivité en 192O, lors de la capitulation des armées blanches à Novorossisk. De 192O à 1925 il est prisonnier au camp de Solovki. Pendant une quinzaine d’années, de 1925 à 194O, il subit plusieurs arrestations en tant que contre-révolutionnaire. En 194O, il est condamné à mort par Staline, mais sa peine est commuée en dix ans de travaux forcés. Il s’échappe d’un camp près de Rostov et rejoint, en août 1942, un groupe de volontaires Cosaques dans le Don. Il se rallie aux Allemands à partir de février 1943. L’année d’après, Il commande trois régiments cosaques en Biélorussie et est nommé général en chef en novembre 1944.
 
En relatant le sort commun de ces généraux cosaques, exécutés ensemble en janvier 1947, nous devons parler du contexte où ils ont été arrêtés, c'est-à-dire du massacre de Lienz, en Haute-Autriche.
Dans cette localité, 2.O46 officiers cosaques sont arrêtés par l’armée britannique le 28 mai 1945, et livrés à l’URSS. Le 1er juin, les Anglais expédient vers la Russie plus de 3O.OOO Cosaques avec leurs familles, dans des wagons à bestiaux. Lors d’une mutinerie, l’armée britannique massacre près de 3OO Cosaques, avec femmes et enfants.
En règle générale, peut-on lire dans un commentaire sur internet, tous les Russes engagés dans l’Armée allemande et faits prisonniers ont été remis aux Soviétiques, même ceux qui avaient trouvé refuge en Suisse.
Considérés comme collaborateurs avec les nazis et criminels de guerre, les officiers furent fusillés et leurs familles envoyées au goulag. Certaines familles se suicidèrent par crainte de tomber entre les mains du NKVD. Il y eut même des suicides collectifs : en mai 1945, des groupes de Cosaques se jetèrent avec leurs chevaux dans la Drave, un affluent du Danube.
Un mémorial a été érigé au lieu-dit Peggetz, en souvenir de la tragédie cosaque de juin 1945.
 
A partir de 1919, la « décosaquisation » se déroula en deux étapes.
Il s’agissait d’éliminer les Cosaques du Don et du Kouban, et de rayer cette population entourant le sud de l’Ukraine. On a pu comparer ce génocide à celui de la Vendée révolutionnaire. Il en annonce un autre, qui se produira vingt ans après, mais pas en Russie…
Quand l’Armée rouge pénètre dans le sud de la Russie, en février 1919, la consigne est claire : « La seule mesure politiquement correcte (est) une lutte sans merci, une terreur massive contre les riches Cosaques, qui devront être exterminés et physiquement liquidés jusqu’au dernier » : telle est la résolution du Comité central du Parti bolchevique, le 24 janvier 1919.
 
Les terres cosaques furent confisquées et attribuées à tous ceux qui n’avaient pas la spécificité cosaque. Les Cosaques furent dépouillés de leurs propriétés, mais aussi de leurs armes, dont ils étaient naturellement indissociables. Autres caractéristiques : leurs assemblées et leur organisation en circonscriptions ; tout cela fut supprimé.
La peine de mort frappait tous ceux qui résistaient. Des listes de suspects étaient dressées, les jugements expédiés en quelques minutes : en un mois, de mi-février à mi-mars 1919, huit mille Cosaques furent exécutés pour « comportement contre-révolutionnaire ».
 
Les Cosaques du Don appelèrent alors la population à la révolte. Ils mobilisèrent tous les hommes de seize à cinquante ans . Ils se positionnaient, disaient-ils, contre les communistes, les exploitations collectives, les réquisitions, les vols et les exécutions perpétrés par la tchéka, et aussi contre les juifs (notre ouvrage de référence, p. 116). Le problème des juifs et de la Révolution russe est en effet récurrent. Dans l’opinion publique, les marxistes et les bolcheviques étaient quasiment tous des juifs, comme leur inspirateur. C’est un sujet qu’il nous faudra nécessairement aborder dans la conclusion de cette longue étude sur la Révolution russe. Makhno et les Cosaques en général avaient été méchamment accusés par l’opinion publique d’antisémitisme. Nous reviendrons sur ce sujet, dans notre conclusion.
 
L’armée montée par les Cosaques révoltés du Don comptait une trentaine de milliers d’hommes. Ils facilitèrent le travail des Armées blanches de Dénikine qui combattaient de concert avec les Cosaques du Kouban, et réussirent, pour quelques temps, à débarrasser leur région de la présence bolchevique.
 
En février 192O, les bolcheviks réussirent à reprendre les terres cosaques.
Dans la région du Don, les propriétaires terriens furent alors assujettis à des contributions de céréales qui dépassaient leur production, et spoliés de tous leurs biens.
En riposte, trente-cinq mille hommes se joignirent aux troupes de paysans armés, les Verts.
Conjugués aux armées blanches du général Wrangel, qui remontaient de Crimée, les Cosaques et les Verts réussirent encore une fois à faire reculer, pour un temps, l’Armée rouge. Mais celle-ci, en effectifs beaucoup plus importants, reprit le dessus et poursuivit Wrangel qui reflua vers la Crimée. En novembre et décembre 192O, les bolcheviks, de nouveau maîtres de la Crimée, tuèrent cinquante mille civils. Les tribunaux chargés de la décosaquisation, appelés les « troïki », exécutèrent , en octobre 192O, plus de six mille personnes dans les régions cosaques. Leurs familles et même leurs amis étaient envoyés dans des camps de concentration où ils mouraient en grand nombre, dans des conditions effroyables.
Dans la localité de Pïatigorsk, et pour servir d’exemple, la tchéka exécuta trois cents personnes en une journée. Pour l’exemple, toujours, à Kislovodsk, elle décida de
liquider les malades se trouvant dans les hôpitaux (notre ouvrage de référence, p. 118).
 
Le président du Comité révolutionnaire du Caucase-nord, Sergo Ordjonikidze, ordonna, le 23 octobre 192O, de brûler entièrement les bourgs cosaques, de les vider de leurs habitants, de distribuer leurs terres aux paysans pauvres, et particulièrement aux Tchétchènes, de déporter les hommes et de les affecter aux travaux forcés vers les mines du Donetz ou la Sibérie du nord; par contre, mesure surprenante de clémence, femmes, enfants, vieillards allaient être expulsés et avaient le droit de s’installer ailleurs.
 
Trois semaines plus tard, on put rapporter à Ordjonikidze le bilan suivant :
« Kalinovskaïa : bourg entièrement brûlé, toute la population (4.22O personnes) déportée ou expulsée.
Ermolovskaïa : nettoyée de tous ses habitants (3.218 personnes).
Romanovskaïa : 1.6OO déportés. Reste à déporter 1.661 personnes.
Samachinskaîa : 1.O18 déportés. Reste à déporter 1.900 personnes.
Mikaïlovskaïa : 6OO déportés. Reste à déporter 2.200 personnes. (op.cit. p. 118).
 
On ne pouvait déporter qu’un seul convoi par jour. D’où la mention du nombre de personnes « restant à déporter ». Des centaines de wagons supplémentaires étaient demandés d’urgence.
 
« Les régions cosaques du Don et du Kouban payèrent un lourd tribu pour leur opposition aux bolcheviks. Selon les estimations les plus fiables, entre trois cent mille et cinq cent mille personnes furent tuées ou déportées en 1919 et 192O, sur une population totale qui n’excédait pas trois millions de personnes » (op.cit. p. 119).
 
Les persécution
s bolcheviques ne réussirent pas à éteindre la race des Cosaques. Aujourd’hui, réhabilités par les gouvernements de la Pérestroïka, ils sont, dans le monde entier, plus admirés que jamais. Ils ont traversé six ou sept cents siècles toujours pareils à eux-mêmes,
combattants exceptionnels, recherchés par les souverains, convoités en temps de guerre même par les pays ennemis. Ils sont restés fidèles à leur foi chrétienne ainsi qu’à l’idéologie tsariste, et en sont les derniers témoins.
 
Danielle Vincent.
Mai 2O18.